Zen en nos bureaux

Pas besoin d’un espace gigantesque pour créer un jardin original et agréable: huitante mètres carrés peuvent suffire à dessiner par exemple une terrasse ronde en bois et cerclée de métal, une chute d’eau se jetant dans un bassin que l’on franchit à pied, un cheminement permettant de faire le tour de l’entier de l’espace et des «poches» de très hauts bambous donnant au lieu une exubérance particulière.

Soit exactement ce que nous avons cherché à réaliser, d’inspiration japonaise, juste devant nos bureaux, au pied de l’ancien Battoir de Yens.

Suggérer la luxuriance…

Le propre de beaucoup de jardins réussis est de donner une sensation d’abondance, de diversité ou de profusion à l’instar d’un jardin du pays de Canaan dont les textes disent qu’il était comme le jardin des délices, le paradis…

Comment donc recréer une impression d’abondance alors même que, justement, la place est pareillement mesurée ? En jouant d’abord sur les contrastes et la diversité des natures de feuillages: leurs textures, leurs couleurs ou touchers très différents. Mais pour que, sur une petite surface l’œil ne s’offusque pas d’une cohabitation trop proche, il faut, bien sûr, veiller à des associations heureuses ou des dégradés harmonieux, faute de quoi l’impression de chaos dominerait. Le bon choix des plantes y est donc essentiel.

Jouer la troisième dimension…

Dès lors que la surface d’un jardin est limitée, le premier réflexe peut être – davantage encore que dans d’autres jardins - de gagner en hauteur ce qui manque en longueur ou largeur. D’où l’idée, au pied de la haute façade du Battoir, de l’installation de deux groupes de grands bambous. L’un des groupes étant légèrement distancé de la façade, le sentier peut se glisser dessous, comme dans une jungle où il faut parfois se baisser un peu pour avancer. 

Jouer avec le vent

L’avantage est aussi que ces bambous si spectaculaires font oublier la façade qui, ici au soleil levant, n’est plus, au moindre souffle, que prétexte aux calligraphies dansantes de leurs feuilles effilées. Cela sans aucune ombre portée sur le jardin puisqu’en tournant, jamais ici le soleil ne rencontre d’autre obstacle végétal.

 

Comprendre le monde en s’y promenant…

Si ce jardin n‘avait pas aussi vocation de show-room, le sentier qui le parcourt serait plus étroit; mais nous voulions qu’en y progressant le visiteur découvre différentes manières de disposer une même pierre naturelle; ou qu’il vérifie le rythme gagné par une alternance de dalles et de pavés habilement incrustés. Variété de formats aussi; la plus grande dimension étant celle de la dalle sur laquelle il faut marcher pour franchir le bassin. Car dans tout jardin zen, même le plus petit, l’eau, symbole de tous les courants d’énergie, circule toujours entre le minéral et le végétal.

 

Jouer et maintenir la transparence

A l’arrière de la chute se déversant, un grand érable est installé en hauteur pour, là encore jouer la troisième dimension; il est aussi régulièrement taillé pour laisser passer la lumière, essentielle à ce qui pousse autour de lui: déclinaison de couvre-sols et fougères, avant que n’arrivent, à quelques pas, des conifères choisis pour leur charpente torturée, rappelant les montagnes où les plantes luttent pour survivre.

 

Un jardin zen est ainsi, toujours, une évocation; comme plus loin ces buis se touchant et taillés en vagues pouvant évoquer celles, tout près d’ici, qui dominent le Léman.

 

Terrasse cocon

Au milieu du jardin, en cercle parfait: la terrasse en métal et bois que nous avons volontairement enfoncée de 20 centimètres pour accentuer le sentiment d’un cocon lové au cœur de la luxuriance.

 

Parce qu’il intègre beaucoup de plantes persistantes, et que, pour les autres, leurs charpentes sont très soignées, ce jardin, en hiver, reste d’un graphisme spectaculaire. Et l’eau de la cascade, sans discontinuer, gèle, dégèle; variant chaque seconde les reflets du soleil froid.

 

Se concentrer sur l’essentiel…

Jamais la cascade ne s’interrompt pour que, constamment, le bruit de l’eau confère à ce lieu la même ambiance sonore. Le phénomène est physique et sa démonstration, ici, peut en être faite aisément: été comme hiver, qu’une voiture passe ou qu’un bruit survienne, on ne s’y intéresse pas; car l’oreille se concentre d’abord - et sans que cela procède de la volonté - sur le plus plaisant, oubliant le reste. En naît une impression de paix, propice à l’oubli de tout ce qui pourrait distraire de la seule contemplation…

 

Essayer de nouvelles émotions...

 Quand reviennent les beaux jours et que les vivaces explosent, le plaisir est encore différent et l’envie vient aussi d’essayer de nouvelles fleurs, d’autres espèces, d’autres découvertes. Comme on peut avoir envie de changer de vêtements, on peut aussi, en ce jardin et pour une part, changer de formes, de couleurs et, comme la nature, essayer d’inventer et multiplier sans cesse d’autres émotions.

 

Effacer les limites…

Ultime manière de faire oublier la petitesse d’un jardin: son subtil et riche éclairage nocturne. En prenant garde de ne pas éclairer ce qui l’entoure, on efface ses limites. Pour qui, le soir, s’attarderait ici, la démonstration peut même y être faite: en allumant, le jardin soudain s’agrandit et l’éclairage, pas trop puissant, ne sert plus qu’à guider les pas, souligner un jeu de branches, décrocher des volumes, valoriser certains sujets; les lampes deviennent ici, de jour, objets, sculptures de décoration. Ou s’intègrent à la végétation, leur tige de cuivre souple enlaçant les branches et se terminant en fruits à la courbe parfaite.

 

Un jardin zen peut demander quarante ans avant d’être en équilibre parfait, la dernière plante, la dernière pierre y ayant trouvé sa place idéale.

 

La passion en cadeau ultime

Même sans être zen, un petit jardin réclame, étrangement, encore plus d’attention et de savoir-faire que n’importe quel autre. Tout s’y remarque immédiatement et requiert le savoir-faire des tailles adéquates pour conserver de belles charpentes, maintenir les transparences, prévenir les envahissements de plantes dominantes.

 

Au besoin, la patience s’y apprend très vite et la passion suit; tellement toute part de nature, immanquablement, vous appelle.

 

Lieu Yens

Surface 220 m2

Année 2014