A la recherche d’une beauté immuable ou vivante ?

20 novembre 2020
Inspirations

A la recherche d’une beauté immuable ou vivante ?

Au commencement d’un jardin, viennent, très intuitivement, les questionnements autour du style de jardin souhaité. Préférez-vous les jardins dits contemporains, aux lignes très définies, aux perspectives très présentes et tailles très marquées ? Ou préférez-vous l’exubérance et diversité des essences, les changements saisonniers, la spontanéité ou liberté des croissances et donc les changements et découvertes ?

Les jardins contemporains sont souvent très épurés et se racontent en très peu de mots… Grâce à des grands aplats de graminées par exemple ou des allées aux perspectives très marquées, ils sont aussi esthétiquement admirables, au premier regard. 

La beauté immuable des jardins contemporains

Sur croquis déjà, la toute première intention est très visible.  Une organisation précise, proche de la beauté et efficacité des mouvements horlogers. « Et qui n’exclut pas la douceur des lignes, ni même un côté parfois féminin…», raconte Fabien Caumont, chef de projet et jardinier paysagiste chez Mise en Scène. « Un jardin contemporain se résume à l’essentiel ; donc au choix très restreint de quelques essences végétales seulement et avec, au sol, le plus souvent, un revêtement unique... Un jardin fait seulement de myrtes et de gravillons est ainsi extrêmement contemporain, pour autant que cette seule végétation soit magnifiée par des tailles très fines, rigoureuses et régulières. En cela, on pourrait aller jusqu’à dire que les jardins classiques de Versailles sont étonnamment contemporains, au sens où ils sont très construits, très figés et n’ont que très peu évolué depuis presque 400 ans !  

« Les jardins contemporains sont plus politiques »

Il est certain que les jardins contemporains nécessitent un bien plus grand entretien et donc un coût plus important que les jardins naturalistes », ajoute Fabien Caumont. Ceux qui, dès le départ, prennent une direction très précise et très volontaire sont en cela plus politiques. Ils peuvent même être une affirmation de pouvoir, une démonstration de puissance, comme les jardins de Versailles où il y a près de 400 ans, l’homme voulait aussi montrer sa maîtrise de la nature. Tout, comme aujourd’hui, certains jardins contemporains, destinés à des entreprises privées par exemple, peuvent servir de moyen de communication et impressionner la concurrence ou séduire la clientèle… 

Aujourd’hui, où l’air du temps serait volontiers au retour à la nature voire à des valeurs plus humaines, les jardins naturalistes correspondraient-ils davantage ?  

 

L’exubérance des jardins naturalistes

Le jardin naturaliste est très proche des jardins anglais. A l’inverse des jardins contemporain qui sont très peu fleuris, ceux-là regorgent de plantes infiniment différentes. Plus « flous », moins « nets », ces jardins organiques se transforment, évoluent. Tel une maison à qui l’on ajouterait, au fil des ans, un pavillon en briques ou une serre en verre, le jardin naturaliste évolue-t-il au fil des envies et des intentions de ses propriétaires. Aussi multiple que les surprises de la vie, le spectacle ici est sans cesse renouvelé et différent. « Pour m’inspirer, j’observe très souvent la décoration intérieure des maisons pour lesquelles je dessine un jardin », explique Fabien Caumont. « Si les objets sont variés, nombreux ou hétéroclites, j’imagine que les propriétaires rechercheront les mêmes contrastes, surprises et inspirations dans leur jardin. Si, à l’inverse, la décoration est très épurée, voire minimaliste, j’imagine alors que ce sera le même calme, cette même beauté figée qui seront appréciées pour leurs extérieurs ». 

Accompagner ou contraster l’architecture de la maison ?

Un peu intuitivement, on image volontiers qu’une maison contemporaine aux lignes très droites et très carrées serait mieux accompagnée, voire prolongée par un jardin lui aussi contemporain. C’est parfois le cas ; mais un jardin trop figé ou structuré pourrait rendre le tout trop construit et inorganique, jusqu’à l’excès. Un jardin plus naturel et échevelé peut, au contraire, adoucir une architecture qui, même très belle, serait ressentie comme froide ou agressive ; le jardin, alors devient comme un écrin mettant en valeur l’originalité ou l’audace du construit. Mais souvent, à l’inverse, une maison bourgeoise, flanquée d’une ou plusieurs nouvelles habitations - comme c’était souvent le cas avec la maison du gardien par exemple et les dépendances - profitera magnifiquement d’un jardin très construit, fait d’allées en art topiaire aux lignes douces et rebondies...